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L'histoire (Quatrième de couverture - VF):

Assis sur le banc d'un square de Lahore, Tchenguiz, un jeune Pakistanais, livre un poignant monologue à un Américain anonyme et raconte comment sa vie a radicalement changé. Avant, Tchenguiz vivait aux États-Unis et représentait à lui seul un modèle d'intégration : famille aimante et cultivée, brillantes études à Princeton, et enfin embauche sans embûche dans une prestigieuse entreprise de consultants. Que demander de plus ? Une petite amie ? Erica, incarnation de la belle Américaine à la tête bien faite et au compte en banque débordant, n'était pas insensible à son charme. Avant, sa vie se résumait à cela : troquer ses nombreux talents contre un petit bout du rêve américain. Tchenguiz travaillait dur, croyait aux promesses et ne se posait pas trop de questions. Oui mais voilà, un certain jour de septembre 2001, sa vie bascule. C'est le début d'une longue fuite en avant...

 

Mes impressions de lecture:

Ce livre m'a été prêté par une très bonne amie à moi, à l'époque étudiante à Sciences-Po en gestion des conflits internationaux. Autant vous dire que mademoiselle connaît plutôt bien son sujet, et est pour moi une valeur sûre en matière de livres de cet acabit. Mais je vais légèrement la décevoir: ce (néanmoins très bon) livre ne m'a pas emporté autant que je ne l'attendais.

On suit ici la vie d'un jeune pakistanais émigré aux Etats-Unis, Tchanguiz, (écrit "Changez" en VO) bourse d'études en poche, réussir brillamment ses études et commencer avec succès une carrière dans l'audit financier. Au-delà d'être talentueux, ce jeune prodige est un magnifique exemple d'intégration: bien que pensant souvent à son pays d'origine et sa famille, parfois choqué par la culture américaine, il se fond dans le moule très docilement, sans jamais oser défier l'autochtone. Tchanguiz est rêveur, plein d'idéaux, bon garçon, honnête et poli - le gendre parfait. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il se retrouve au Pakistan quelques années plus tard, à raconter son histoire à un parfait inconnu, un américain de passage. Un monologue plein de nostalgie qui laisse le lecteur se demander ce qui l'a conduit à revenir à son point de départ.

Alors que je m'attendais à un revirement de situation important à la suite des attentats du 11 septembre 2001 (qui est l’évènement pivot du récit), l'auteur ne tombe pas dans le coup de théâtre facile, mais plutôt nous décrit la mise en marche progressive d'une introspection patriotique dans la tête du protagoniste. Il décrit habilement le changement de regard des américains sur celui qui devient un potentiel terroriste, le retour en arrière de ce peuple vers un patriotisme rempli de nostalgie, observé d'un œil extérieur, mais aussi et surtout, le partage d'un homme entre sa terre d'adoption et sa terre natale, la première menaçant froidement la deuxième. Le rêve américain se brise.

 

quotes
But at that moment, my thoughts were not with the victims of the attack - death on television moves me most when it is fictitious and happens to characters with whom I have built up relationships over multiple episodes - no, I was caught up in the symbolism of it all, the fact that someone had so visibly brought America to her knees. »


 

Indéniablement, cette lecture est très riche en information et m'a beaucoup appris, d'autant plus qu'elle se positionne d'un point de vue peu emprunté en Occident: celui d'un pakistanais-américain. On suit avidement l'évolution de ce jeune homme, qui mène vers un dénouement inattendu, et pourtant très réaliste. On ne peut qu'adopter la vision de Tchanguiz, humble et honnête dans ses jugements. Pas de parti-pris ici, l'auteur nous laisse le libre-arbitre, puisqu'il est avant tout question de racines et d'implication personnelle dans le conflit qui se prépare.

C'est pourquoi ce livre aurait vraiment pu être un coup de cœur, et pourtant, de nombreux éléments m'ont empêché de donner plus de profondeur à ce récit, de m'impliquer plus intensément... et finalement m'ont laissé sur la touche.

D'abord, l'histoire de Tchanguiz et ses réflexions tournent beaucoup autour d'Erica, sa compagne, celle qu'il aime depuis l'université, et avec laquelle il entretient une relation compliquée, distante. J'ai trouvé toute cette histoire omniprésente dans le récit, presque hors de propos. Je comprends l'utilité de ce lien et de ces péripéties pour l'évolution du personnage, mais toutefois j'ai regretté que cette relation alambiquée fasse de l'ombre au noyau dur du roman.

La forme du roman est également déstabilisante. Il s'agit d'un monologue face à une autre personne - tout le récit est donc à la première personne. Mais j'ai trouvé les interactions avec l'autre individu assez maladroites, le narrateur décrivant au lecteur les comportements de l'individu à base de "je vois que vous levez le bras pour appeler le serveur", ou "Vous demandez s'ils vont nous apporter des couverts?"... J'ai toujours trouvé la conversion du discours direct, vers l'indirect, puis re-vers le direct assez désagréable, encore plus à l'écrit qu'à l'oral, mais cela n'engage que moi... Même si on s'y fait au fil du roman, cela a gêné ma lecture, et parfois même ma compréhension.

Mis à part ces quelques points, ce roman demeure une très belle découverte. Une lecture marquante qui offre un nouveau regard (édulcoré) sur la relation Pakistan - Etats-Unis. Même si vous n'êtes pas sensible à ce thème, ce livre court se lit très bien et vaut le coup d'œil, juste par curiosité.

 

Ma note:

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