Le Monde Selon ...

19 janvier 2012

Rhum Express (The Rum Diary) - Hunter S. Thompson [1988]

rhum-express

L'histoire (Quatrième de couverture):

Dans les années cinquante, Kemp, jeune journaliste globe-trotteur, buveur de rhum confirmé et alter ego de l’auteur, quitte Greenwich Village pour Porto Rico où il a décroché un boulot de reporter au San Juan Daily News. Toutes sortes d’individus y travaillent : misanthropes désabusés, ratés, ambitieux prêts à refaire le monde, tous parias en quête d’une existence meilleure sous les tropiques.

Mais la paradisiaque triade rum, sex, sun vire aux cuites prolongées, aux fêtes débraillées, à la sexualité sauvage. Et en même temps qu’il bute contre la dérisoire liberté de l’ennui, Kemp assiste à la lente agonie d’une île rongée par l’argent, les ambitions de l’Amérique et la compromission hypocrite des journalistes.

 

Mes impressions de lecture:

"Rhum express" fait partie de ces romans initiatiques qui ouvrent les yeux du narrateur en même que ceux du lecteur dans la quête de soi et de ce qu'il attend du monde. Dans les années cinquante-soixante, l'air est à la liberté. Etre citoyen du monde, quitter son trou pour regarder pousser une herbe plus verte. C'est ainsi que le journaliste Paul Kemp se retrouve à Porto Rico à bosser dans un petit journal qui n'a d'intérêt que le payx où il se trouve.

L'auteur nous y narre les espoirs et désillusions qu'il traverse au cours de son expérience. D'abord grisé par la beauté du paysage, la chaleur, et bien sûr le rhum qu'il consomme plus que l'eau elle-même, il s'installe dans une oisiveté maîtrisée, "méritée". Au gré de ses fréquentations, il suit avec beaucoup de distance la faillite du journal pour lequel il travaille, les histoires d'une nuit sur une plage au clair de lune, les bagarres ou embrouilles de ses compères de beuverie. Jusqu'à se détacher de sa propre vie.

L'auteur se mettra à remettre en cause son mode de vie lorsqu'il ouvrira également les yeux sur la promiscuité de ces décors de carte postale. Il offre alors au lecteur, non seulement une réflexion sur sa place dans ce système, mais également un oeil critique et acide sur ce pays gangréné par le vice, la corruption et une culture factice.

Malgré une prose rythmée et réfléchie, et un point de vue intéressant et objectif, je n'ai pas été entièrement emballé par ma lecture. Je pense tout simplement que c'est le genre de roman qui, je trouve, vieillit mal. Je n'ai pas trouvé l'originalité que j'attendais derrière ce roman, juste un enième type paumé, qui va aller de désillusion en désillusion jusqu'à ce qu'il remette sa conduite en question.

Néanmoins, le style en reste fluide et très réaliste - les paysages, atmosphères, ambiances m'ont séduit et emporté. Un style journalistique incisive, sans blabla, avec les détails qui marquent et qui touchent, et font forcément mouche. On ne peut pas se sentir à l'écart, le lecteur est invité à vivre l'expérience avec le narrateur. L'auteur m'a fait découvrir Porto Rico dans tout ce qu'elle semble avoir de plus vrai, bon ou mauvais.

 

Il s'agit ici du premier roman de Thompson, auteur célèbre à qui l'on doit notamment "Las Vegas Parano".

 

Ma note:

book_note_book_note_book_note_book_notebook_note

Posté par flo_boss à 07:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , ,


15 janvier 2012

Cadavre Exquis - Pénélope Bagieu [2010]

cadavreexquis

L'histoire (Résumé):

Zoé est une jeune parisienne qui travaille en tant qu'hôtesse dans toutes sortes de salons et foires expo. Elle déteste son job, son mec n'est qu'un loser au chômage qui passe son temps à fumer des joints devant la télé, sa vie sociale est au point mort. Elle ne se sent pas capable de redémarrer sa vie. Jusqu'au jour où elle fait la rencontre fortuite d'un auteur en mal d'inspiration qui passe son temps reclu derrière les rideaux de son appartement luxueux des grands boulevards. Ils partagent peu à peu leur solitude, et Zoé va peu à peu chercher à cerner le mystère qui entoure cet homme si maladivement solitaire.

 

Mes impressions de lecture:

Connue pour son blog d'illustrations, révélée grâce à son personnage de Joséphine, Pénélope Bagieu signe ici un roman graphique mettant une fois de plus en scène une jeune femme lambda, paumée et terriblement attachante. Zoé est une fille vindicative, à laquelle il ne manque que la volonté. Jusqu'à ce qu'elle décide de faire le premier pas vers une nouvelle vie.

L'ensemble est bien sûr plein d'humour. Zoé a le chic pour se mettre dans des situations embarassantes. L'ensemble est donc très léger, voire frivole, et toute jeune citadine en mal d'amour ou de reconnaissance se reconnaîtra forcément dans ce personnage parfois caricatural.

Je ne m'attendais cependant pas à y retrouver une intrigue aussi surprenante. Le personnage de Thomas Rocher, que Zoé découvre au fil du roman, cache un secret qui se révèle peu à peu. L'histoire est bien tournée, l'évolution des personnages est solide, et l'issue est des plus inattendues. L'ensemble perd alors de sa futilité, et offre au lecteur un subtil jeu de manipulations.

Ce livre a donc été pour moi une très bonne découverte: n'ayant en tête que Joséphine, l'auteur m'a offert une histoire aboutie qui a su me tenir captivé au fil des pages. J'ai peut-être pu trouver un manque de rythme à un certain moment, mais cela ne dure pas vraiment longtemps. Ceux qui aiment ses dessins seront ravis, on retrouve la patte un peu simpliste de l'auteur, avec une palette de couleurs jamais criarde et toujours douce à l'oeil, qui rendent la lecture d'autant plus agréable.

Un chouette cadeau à faire pour toutes les jeunes actives qui rêvent d'un "prince charmant" en décalage avec les clichés du genre.

 

Ma note:

 book_note_book_note_book_note_book_note_book_note

Posté par flo_boss à 19:11 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
08 janvier 2012

Will & Will (Will Grayson, will grayson) - John Green & David Levithan [2010]

Will-Will-Green

L'histoire (Quatrième de couverture):

Will Grayson se méfie des sentiments. Les histoires de coeur portent la poisse, tout le temps. Alors quand son meilleur ami, l'exubérant, très corpulent et très, très homo Tiny Cooper, fait tout pour le fourrer dans les bras de Jane, il se dit que cette fille est jolie, marrante et sympa mais... pas du tout son type.

De l'autre côté de Chicago, un certain Will Grayson (rien à voir avec le premier !), se sent plus mort que vivant : il vient d'apprendre que celui qui le faisait fantasmer sur sa messagerie n'a jamais existé..

 

Mes impressions de lecture:

"Will & Will" fait partie de ces livres jeunesse qui traitent des thèmes de société avec beaucoup d'humour et de finesse. Abordant comme thème central l'homosexualité de deux lycéens américains, l'un (très) extraveri, l'autre introverti, le roman étudie d'une manière plus large les maux des ados, leur solitude, les amis virtuels, la réputation, l'image que l'on renvoie, l'abandon de l'enfance, ...

Tous les ingérdients sont réunis pour passer un excellent moment de lecture. Les personnages sont des caricatures plaisantes sans pour autant dépasser les bornes de l'acceptable, les situations sont cocasses, souvent drôles et touchantes. La rencontre des deux Will Grayson, fortuite et incongrue, sert de prétexte à se faire rencontrer Tiny Cooper, homosexuel aussi excentrique que gigantesque, et Will Grayson (2), homo dépressif et solitaire d'une petite ville de l'arrière pays.

Car au final, ce Tiny Cooper, tellement égocentrique qu'il en devient agaçant, vole la vedette aux deux Will et surprend le lecteur en devenant attachant, sincère, vrai. Avec son obsession de monter une comédie musicale retraçant sa vie, il emporte avec lui tous les autres personnages dans un tourbillon "fabuleux".

Ce roman m'a touché et emporté. Restant en équilibre entre réalité et fiction, on se laisse facilement prendre au jeu et emporter par les préoccupations de ces adolescents d'une nouvelle génération. On pourra simplement regretter un monde parfois un peu trop rose, où la discrimination n'existe aps vraiment, et où tout se termine dans un happy end de comédie musicale. Mais après tout, c'est ce qui fait du roman un livre qui redonne le sourire, et ça fait du bien.

 

Ma note:

book_note_book_note_book_note_book_note_book_note_demi

 

 

Posté par flo_boss à 08:00 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
04 janvier 2012

L'Homme - Camille Rouaire [2011]

LHOMME_une

L'histoire (Quatrième de couverture):

Qu’est-ce qu’une bonne révolution ? Un tableau noir est-il une oeuvre géniale d’un artiste génialiste ? La médisance est-elle un sport olympique ? Blaise Pascal avait-il un gros nez ? Les personnages de ces six courtes pièces de théâtre tenteront de répondre à ces questions existentielles. Des personnages survoltés, perdus dans ce monde énigmatique qu’est le quotidien de l’homme.

 

Mes impressions de lecture:

A l'occasion de cette découverte, je rajoute la catégorie "Théâtre" à ce blog qui en manquait cruellement. Ayant vaguement été attiré par ce genre étant plus jeune, c'est avec plaisir que j'ai accepté de lire et chroniquer ces courtes pièces proposées par un jeune auteur dont c'est la première publication.

Chaque scène est un dialogue entre absurde et philosophie de comptoir, où les protagonistes échangent leurs réflexions, parfois sans vraiment se comprendre. Pour ma part, c'est un genre de théâtre que j'apprécie beaucoup, à petite dose cela dit. C'est le type de scènes idéales à placer dans une représentation théâtrale à plusieurs tableaux, pour créer un interlude décalé et léger. Je garde néanmoins toujours cette impression de chute avortée dans ce genre de saynètes, mais c'est souvent plus du fait du genre lui-même que de l'auteur.

L'ensemble est très plaisant, avec un ton mordant juste ce qu'il faut pour créer des situations cocasses. Partant d'un événement anodin, les duos se succèdent dans des prises de bec incontrôlables dont on ne sait pas qui sortira vainqueur. Les nombreux de jeux de mots, tantôt bien trouvés, tantôt qui tournent (exprès?) au ridicule, nous rappellent que ces admonestations ne sont que prétextes à montrer au grand jour la mauvaise foi, la manipulation et l'hypocrisie bénignes de "l'Homme".

quotes

 

NUMÉRO 1 : (las) Puisque je te le dis… Tout ce qui est vivant lutte.
NUMÉRO 2 : C’est épatant ! Alors, les arbres luttent ?
NUMÉRO 1 : (même jeu) Les arbres, les fleurs, les moustiques…  Les pucerons, les tournesols, les vers de terre… Même les tortues !
NUMÉRO 2 : (étonné) Quoi ? Les tortues luttent ?
quotes2
 

 

Pour ma part, plus le ton est acerbe, et plus je suis emballé, car ces débats absurdes et éphémères doivent servir à l'Homme à faire ressortir toute la hargne qui est en lui. C'est pourquoi j'ai pu regretter que quelques-unes des scènes manquent parfois de piment. D'autres cependant, telles que "Une vie de sportif" - où Josette et Gisèle s'entraînent pour le Championnat olympique de médisance - imposent un rythme acidulé qui donnent envie de le voir en vrai, sur les planches, avec un jeu approprié.

Bien que n'ayant pas suffisamment de recul quant à ce genre de littérature, j'ai trouvé que "L'Homme" de Camille Rouaire me renvoyait toutes les facettes absurdes dont le théâtre peut se permettre, en présentant des personnages à la fois pleins de fourberie et d'humanité. Un coup d'essai qui m'a globalement séduit, et qu'il me tarde de découvrir in situ pour en apprécier la profondeur.

Un auteur que j'invite donc les plus théâtreux d'entre vous à découvrir.

Merci à l'auteur et à l'éditeur pour ce moment de théâtre!

 

Ma note:

book_note_book_note_book_note_book_note_demibook_note

Posté par flo_boss à 07:00 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
30 décembre 2011

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird) - Harper Lee [1960]

oiseau-moqueur-harper-lee

L'histoire (Quatrième de couverture):

Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche.

 

Mes impressions de lecture:

Ce roman n'est pas devenu un classique de la littérature américaine par hasard. Désormais étudié par de nombreux lycéens d'Amérique, il parvient à décrire, à travers le regard d'une fillette, Scout, les travers d'une Amérique profonde en voie de construction, qui affirme sa suprématie sur le monde.

Suite à la Grande Dépression, dans le Deep South, les villes les plus modestes apparaissent également les moins touchées par la misère. La population se contente de vivre modestement, avec la nostalgie conservatrice des instants de gloire précédant la guerre de Sécession. Ce microcosme d'une ville d'Alabama est pour Harper Lee le théâtre expérimental de ce qui se joue dans une grande partie du pays.

La ségrégation occupe bien entendu une place centrale, avec le procès très controversé de Tom Robinson, un jeune Noir accusé d'avoir violé une jeune femme blanche. Atticus Finch, le père de Scout, est l'avocat de Tom, et doit faire face aux accusations de ses concitoyens. Etre un "ami des nègres", voilà ce qu'on lui reproche - prendre la défense d'un Noir dans une société où ceux-ci sont la cause de tous les maux.

C'est à travers ses questionnements que Scout insuffle au récit toute la critique du monde qui l'entoure. Elévée par son père à faire fi des préjugés, et à rechercher ce qu'il y a de fondamentalement bon chez les autres, elle ouvre les yeux du lecteur pour comprendre les actes de chacun, bons ou mauvais. Elle découvrira également les incohérences et l'hyprocrisie de cette société à laquelle elle appartient.

quotes

 

Tout sourire, Miss Gates alla écrire [au tableau] devant DEMOCRATIE, NOUS SOMMES UNE.

- Maintenant les enfants, vous allez tous répéter avec moi "Nous sommes une démocratie".

Ce que nous fîmes. Puis Miss Gates dit:

- C'est la différence entre l'Amérique et l'Allemagne. Nous sommes une démocratie, et l'Allemagne est une dictature. Dicta-ture, dit-elle. Ici, nous refusons de persécuter qui que ce soit. Les persécutions sont le fait de peuples qui ont des préjugés. Pré-jugés. Il n'existe pas au monde de meilleur peuple que les Juifs et je ne comprends pas pourquoi Hitler n'est pas de cet avis. quotes2 

 

A la fois un regard attendrissant sur l'enfance, mais aussi une critique ouverte du conservatisme américain, de sa justice, de son système d'éducation, "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" est un reflet de la culture américaine des années trente tourné avec beaucoup de subtilité, sans stigmatisation. Selon moi, il fait écho aux "Raisins de la colère" de Steinbeck: dépeindre une Amérique qui se relève de la Grande Crise, en se recentrant sur elle-même, basculant vers l'individualisme.

Un roman brillant couronné du Prix Pulitzer en 1961.

 

Ma note:

book_note_book_note_book_note_book_note_book_note_

 

Posté par flo_boss à 16:34 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , ,




02 décembre 2011

La servante écarlate (The Handmaid’s Tale) – Margaret Atwood [1985]

la_servante_ecarlate_margaret_atwood

L’histoire (Quatrième de couverture):

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un évangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elles raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

 

Mes impressions de lecture :

A l’heure où les dystopies jeunesse caracolent en tête des ventes, et pullulent dans les rayons, il est bon de rappeler que le style n’est en rien nouveau. "La servante écarlate" en est un exemple flagrant, et il a été écrit en 1985.

Margaret Artwood nous dépeint un monde où le fanatisme religieux a repris le dessus, pour contrôler une civilisation en pleine décadence: nucléaire, pollutions chimiques, stérilité, épidémies … Le régime de Giléad instaure un pouvoir totalitaire, créant des castes étanches où chacun porte sa croix.

L’extrémisme de cette dictature est difficile à comprendre, car peu d’indices sont semés dans ce récit sous forme de journal. Tout semble démesuré, impossible. Mais lorsqu’on saisit peu à peu le contexte dans lequel s’inscrivent cette mutation, alors le réalisme prend peu à peu le pas.

Ce qui garde le lecteur en haleine, c’est justement de ne pas comprendre. La protagoniste, Defred, distille le nœud de l’intrigue au compte-gouttes, à tel point qu’on se demande à chaque page si l’on en saura plus, ou si le reste de l’Histoire reste à deviner.

Cette subtilité m’a séduit, néanmoins je l’aurais plus appréciée si au milieu de tout ça l’auteur ne m’avait pas bombardé d’états d’âme digressifs, et parfois redondants, qui alourdissent certains passages. Certains sont néanmoins nécessaires pour accentuer le contraste entre la vie de la jeune femme avant le changement de régime, et offrent bien sûr toute la profondeur à la réflexion de l’auteur.

quotes

 

Était-ce ainsi que nous vivions alors ? […] Nous étions les gens dont on ne parlait pas dans les journaux. Nous vivions dans les espaces blancs et vides en marge du texte imprimé. Cela nous donnait davantage de liberté. Nous vivions dans les brèches entre les histoires. quotes2 

Loin des histoires d’amour ou des clichés du genre, la servante écarlate nous décrit avec froideur la violence injustifiée d’un monde qui tente de faire face à la décadence. Et face à ça, elle se bat pour sa condition de femme, dont on tente d’éliminer toute humanité.

 

Ma note :

book_note_book_note_book_note_book_note_demibook_note

 

Posté par flo_boss à 06:00 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
27 novembre 2011

La Peste - Albert Camus [1947]

lapeste

L’histoire:

Oran est victime de la peste. Les autorités de la ville décident de fermer ses portes pour éviter la propagation de l’épidémie. Dès lors, la population s’organise pour faire face au fléau, qui de jour en jour prend des proportions monstrueuses.

 

Mes impressions de lecture :

Il fallait que je lise "La Peste", que j’avais laissé de côté après la page 100 à l’époque où j’étais encore au collège. C’est un pilier de notre littérature, un roman plein de richesse et de profondeur, dont je suis heureux d’avoir sorti une vieille édition écornée d’une étagère poussiéreuse.

L’arrivée de la peste à Oran par l’intrusion annonciatrice de rats crevés en plein jour plante le décor sordide à venir. Puis le fléau touche peu à peu les habitants, gagnant en intensité, frappant au hasard, séparant les familles, divisant les hommes, détruisant une communauté apparemment unie. Personne n’est à l’abri, même ceux qui prennent son parti. Et à travers les yeux du docteur Rieux, Camus dénonce cet épandage de misère qui laisse impuissant.

J’aimerais tellement avoir l’art de Camus pour manier les mots, car c’est réellement ce talent qui m’a vissé au livre. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion d’apprécier l’expression « le pouvoir des mots » dans toute sa splendeur. Ici, je me suis régalé. On sent que chaque mot est pesé, aucun n’est inutile, tous sont bien placés, chacun est lourd de sens. Que ce soit l’atmosphère d’Oran, le malheur des hommes, le désarroi du peuple, j’ai tout vu, j’ai tout vécu. J’y étais.

quotes

 

De quelques maisons, pourtant, sortaient des gémissements. Auparavant, quand cela arrivait, on voyait souvent des curieux qui se tenaient dans la rue, aux écoutes. Mais, après ces longues alertes, il semblait que le cœur de chacun se fût endurci et tous marchaient ou vivaient à côté des plaintes, comme si elles avaient été le langage naturel des hommes. quotes2 

Mais ce roman, c’est bien sûr et surtout une condamnation de l’idéologie nazie qui a détruit des vies et des nations pendant des années auparavant. C’est avec cette subtilité que je me suis plu à faire le va et vient au cours de ma lecture. Jusqu’où pousse-t-il l’allégorie ? Quels éléments sont et ne sont pas transposables ? Et alors on réalise que tout est parfaitement aligné, la minutie de Camus dénonce sans prononcer de nom, si ce n’est celui d’un fléau dévastateur.

"La Peste" est bel et bien un classique incontournable, non seulement car à lui seul il justifie le Prix Nobel de Littérature reçu par l’auteur, mais également parce qu’il rassemble toutes les forces qu’on peut attendre d’un roman : des images fortes, une implication dérangeante, une allégorie tentaculaire qui embrasse les Fléaux du l’Histoire.

 

Ma note :

 book_note_book_note_book_note_book_note_book_note_

Posté par flo_boss à 14:00 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,
18 novembre 2011

Coraline - Neil Gaiman

coraline

L’histoire:

Coraline et ses parents viennent d’emménager dans une maison partagée en plusieurs appartements. Le lendemain de son installation,Coraline part explorer son nouvel univers. Après avoir entendu des bruits étranges et vu une ombre détaler dans un couloir, elle ouvre une porte condamnée et se retrouve dans un appartement identique au sien. Enfin, presque identique…

 

Mes impressions de lecture :

Avec « Coraline », Neil Gaiman a reçu de nombreux prix littéraires et a beaucoup été plébiscité. Ses romans jeunesse suivants font également l’unanimité, et il est devenu en quelques années une référence du genre. Pour ma part, je le lis pour la première fois avec ce livre.

Je n’ai d’emblée pas aimé le personnage de Coraline, ce qui a bien sûr impacté mon appréciation de l’histoire. J’ai trouvé la fillette sans réelle profondeur. Délaissée par ses parents occupés à travailler, incapable de s’amuser par elle-même, elle ouvre la porte interdite et doit en subir les conséquences, malgré les nombreuses recommandations et signes. Je n’ai tout simplement saisi ses motivations à un tel acte, si ce n’est pour tenter le diable et tromper son ennui. Je n’ai pas réussi à la cerner.

Par conséquent, ses actes et ses mésaventures m’ont peu importé. Heureusement, j’ai malgré tout réussi à apprécier l’originalité de l’univers créé par Neil Gaiman. Le monde parallèle dans lequel évolue l’héroïne est plein de dangers, d’étrangetés, de scènes cocasses, qui m’ont permis de me divertir en cours de lecture. Le reste de la trame reste sans surprise : une méchante manipulatrice, une quête pour sauver ses parents, trois fantômes et sa propre peau, un revirement de situation embarrassant… J’attendais beaucoup plus de cette lecture, qui m’a finalement un peu déçu.

Dans le cadre d’une lecture commune autour du thème d’Alice au pays des merveilles, j’ai pu observer les similitudes du roman avec celui de Lewis Caroll. Le couloir emprunté par Coraline n’est pas sans rappeler le terrier du lapin blanc, frontière irréelle et immatérielle (qui change d’ailleurs de longueur et d’atmosphère) avec le monde imaginaire. Tout comme Alice, Coraline flotte en permanence entre rêve et réalité, reflétant dans son aventure les malaises qui l’habitent : son sentiment d’abandon par ses parents, sa solitude dans une maison où elle vient d’emménager, sa soif d’aventure confrontée aux peurs d’une fillette. Dommage que je n’y aie pas retrouvé l’humour décalé du monde d’Alice…

En conclusion, un univers original mais une histoire qui ne m’a pas emballé : très complète sur certains points, un rien bâclée sur d’autres. L’ensemble manque un peu de "maturité", je trouve. J’ai toutefois pu apprécier les capacités de Neil Gaiman à créer un monde à part, talent que je compte bien continuer de découvrir dans d’autres de ses romans.

N’hésitez pas à lire les avis (souvent plus enthousiastes) des autres participants à la LC : pomm, Liyah, Zazou8888, Luna, Lynnae, Habitant of Sto, Bykiss, PetiteMarie, Gr3nouille2010, Marmotte, jelydragon, platinegirl, Marii




 
Ma note:   

 book_note_book_note_book_note_book_notebook_note

Posté par flo_boss à 06:00 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
14 novembre 2011

Suite(s) Impériale(s) - (Imperial Bedrooms) - Bret Easton Ellis

Imperial_Bedrooms

L’histoire:

Clay, l’anti-héros du premier best-seller de Ellis, Moins que zéro, revient à Los Angeles.

Il a vingt ans de plus, il est un peu plus vieux, un peu plus seul et désoeuvré. Il retrouve ceux qu’il a connus dans sa jeunesse, Blair, Trent, Julian, Rip… les représentants d’une génération dorée et perdue, abandonnés à la vacuité, la solitude et la vanité qui les détruisent. Producteur associé à l’adaptation cinématographique de son dernier scénario, Clay participe au casting du film, joue de son pouvoir, séduit Rain, une jeune actrice sublime et sans talent, lui fait de fausses promesses.

Il est prêt à tout pour la posséder. Mais qui manipule qui ?

 

Mes impressions de lecture :

Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis “Moins que zero”. La jeunesse dorée et privilégiée de Californie a grandi – pas nécessairement mûri, et cette suite lève le voile sur les conséquences des abus de cette période d’excès et d’insouciance.

Le retour de Clay dans sa ville natale permet de retracer la complexité des relations qui se sont tissées avec ses "amis" d’autrefois. L’auteur expose avec toujours autant de détachement les haines, les manipulations, l’alcool, la drogue, le sexe, l’argent. Éclaboussant à outrance le lecteur de luxe et de luxure, l’auteur recrée un univers malsain, autour monde véreux du cinéma hollywoodien, qu’il est impossible d’envier.

Tout comme dans "Moins que zéro", que je me souviens n’avoir que moyennement aimé, j’ai ressenti un vif dégoût pour Clay et ceux qui se disent ses amis. L’individualisme est montré à son paroxysme, et les personnages sont prêts à tout pour défendre leurs propres intérêts. Les jeux de manipulation, de traîtrise et de mensonges ficellent la trame macabre que l’auteur dessine petit à petit. Suivant cela avec le regard (éthylique et) détaché du protagoniste, puis virant à la paranoïa, la vraie noirceur s’insinue peu à peu pour souffler au loin finalement tout espoir de dénouement heureux.

J’ai toujours autant de mal avec le style de Bret Easton Ellis, en particulier les phrases à rallonge qui mélangent descriptions et actions à n’en plus finir. Ce style reflète certes l’esprit synthétique du narrateur et sa manière légère de relever les informations, néanmoins il en demeure très indigeste et difficile à suivre. Cela contribue à accentuer le mal-être que j’ai ressenti tout au long de ma lecture, laissant l’impression étrange d’être content quand le livre se termine (non pas parce qu’il est mauvais, mais pour sortir de cette atmosphère trouble et pesante).

Ce volume ne me réconciliera donc pas avec l’auteur, auquel j’ai toujours du mal à accrocher. Je n’enlève toutefois pas sa capacité à créer un univers noir et dérangeant, avec un style si particulier qu’il maîtrise à la perfection.




 
Ma note:   

 book_note_book_note_book_note_book_notebook_note

Posté par flo_boss à 06:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
10 novembre 2011

La femme au miroir – Eric-Emmanuel Schmitt

la-femme-au-miroir-Schmitt

L’histoire:

Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood de nos jours. Toutes trois se sentent différentes de leurs contemporaines ; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent à se rendre maîtresses de leur destin.

Trois époques. Trois femmes : et si c’était la même ?

 

Mes impressions de lecture :

Trois femmes, trois destins, voilà la recette du dernier Eric-Emmanuel Schmitt, un de mes auteurs fétiches. Les chapitres égrainent les uns après les autres la vie de ces trois femmes que tout semble opposer, et que peu à peu tout réunit. L’enchaînement des styles est également de rigueur, permettant d’insuffler un rythme particulier pour chacune des femmes que nous suivons.

Le style de l’auteur reste incomparable. Sa plume me séduit à chacun de ses romans : riche et accessible, les mots de Schmitt ont le don de se dérouler devant mes yeux sans jamais me rassasier. Les images sont originales, toujours bien trouvées. Cet auteur m’impressionne à nouveau avec ce livre qui ne déçoit pas.

Mon enthousiasme serait total si le roman ne sentait pas le déjà-vu. La forme du roman – et son dénouement ! – n’est pas sans rappeler « Les heures » de Michael Cunningham (mon avis ICI). Certes les deux textes diffèrent dans le style et dans l’histoire, mais tout au long de ma lecture, j’avais la désagréable sensation de ne pas découvrir une œuvre originale. J’aimerais connaitre les inspirations de l’auteur lorsqu’il a écrit ce roman, et notamment son choix de reprendre cette architecture…

Parce que j’ai une grande admiration pour cet auteur, et parce qu’il m’a toujours surpris par l’originalité de son œuvre, je garderai un avis en demi-teinte. Le style et l’histoire restent néanmoins excellents et très prenants. Les fans de l’auteur n’y résisteront pas !




 
Ma note:   

 book_note_book_note_book_note_book_note_book_note

Posté par flo_boss à 08:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : ,