24 novembre 2009
Les Accommodements Raisonnables - Jean-Paul Dubois

L'histoire (Quatrième de couverture):
"Paul Stern hésite. Son épouse, Anna sombre peu à peu dans une profonde dépression. Le remariage scandaleux de son père l’accable. La tentation est grande de tout laisser en plan, et l’occasion semble presque trop belle : embauché à Hollywood, Paul rencontre Selma. Elle est le sosie parfait d’Anna, avec trente ans de moins…"
Mes impressions de lecture:
Dans ce roman, Jean-Paul Dubois nous dépeint le portrait d'un homme en pleine crise personnelle et familiale. Paul Stern semble perdre pied face aux événements qui l'entourent: c'est un auteur qui ne publie plus rien, sa femme sombre dans une dépression apparemment irréversible, et son père montre un tout nouveau visage suite à la mort de son frère dont il hérite la richesse tant jalousée... et la femme. Il va alors choisir la solution de facilité: saisir la première opportunité pour quitter le pays et se construire une nouvelle vie afin de se retrouver soi-même, en laissant derrière lui les causes intrinsèques de ses doutes.
Mais les problèmes peuvent-ils s'effacer pour autant pour Paul? Son comportement est-il répréhensible? Qu'aurions-nous fait à sa place? Paul est-il bourreau ou victime?
J'ai suivi l'évolution psychologique du personnage avec grand intérêt. Tantôt homme enchaîné par sa vie en proie à une soif de liberté et d'air frais, tantôt coupable de délaisser ceux qu'il aime, Paul va passer par de nombreuses phases au fil desquelles il réalisera ce qui est vraiment important pour lui. C'est en essayant de vivre ou re-vivre son passé, avec les erreurs et les tromperies que cela entraîne, que Paul va apprendre à s'attacher de nouveau au présent.
Malgré le style parfois alambiqué de l'auteur, j'ai bien apprécié la torture psychologique du personnage et la manière dont Dubois a réussi à m'impliquer dans le mal-être de Paul. Il a réussi à me faire ressentir que personne n'est à l'abri devenir à sa manière un Paul Stern; vouloir tout plaquer au moindre doute pour tout reconstruire. Bien que d'apparence Stern soit un raté présomptueux, inattentionné et individualiste, on se rend compte que, à l'instar des autres personnages du livre, il suit finalement sa propre thérapie, sans laquelle il serait resté cloîtré dans son malaise. Les phases psychologiques de Stern sont bien décrites et identifiables, l'issue certes convenue, mais donne le sens à l'ensemble de l'histoire.
Bien qu'un peu long à démarrer, j'ai bien aimé ces Accommodements Raisonnables de par la manière dont l'auteur aborde le sujet de la crise identitaire chez l'homme, ponctuée de bons clichés hollywoodiens et de la place des Français aux Etats-Unis.
Ma note:![]()
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J'ai pu lire ce roman dans le cadre des partenariats éditeurs proposés par le site LivrAddict. Merci encore à eux et aux Editions Points de m'avoir fait découvrir gracieusement cet ouvrage.
23 novembre 2009
Tara Duncan – Tome 1: Les Sortceliers - Sophie Audoin-Mamikonian

L'histoire (Quatrième de couverture):
La mère de Tara Duncan a été enlevée ! Tara et Manitou, son grand-père transformé en labrador, partent sur Autremonde affronter dragons, Vampyrs et Sangraves.
Mais bientôt le trop puissant pouvoir de Tara fait des envieux, et elle devient la cible de complots dont seul son sens de l'humour et son courage pourront la sauver. Elle devra parvenir à sauver sa mère, découvrir qui veut l'assassiner et pourquoi.
Mes impressions de lecture:
J’étais très impatient de commencer la fameuse série des Tara Duncan : très appréciée par la critique, cette Harry Potter au féminin a été pour moi l’occasion de me replonger dans la littérature jeunesse que j’affectionne, pleine de magie, d’humour et d’aventures. Bien qu’ayant eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, je suis finalement resté accroché aux aventures de cette héroïne malgré elle.
Je dois avouer que j’étais sceptique quant à la capacité de l’auteur à m’ôter de l’esprit les comparaisons avec le fameux Harry Potter. Et en effet on peut retrouver plusieurs éléments qui ont fait le succès du sorcier à la cicatrice en forme d’éclair : un héros dont les parents sont morts, qui a au destin incroyable mais qui ne le sait pas, la bande d’amis sorciers solidaires, les Moldus deviennent des « Nonsos », les gentils pas si gentils, les méchants pas si méchants, les créatures magiques… Mais ceci ne serait-il pas finalement le lot de tout roman de fantasy jeunesse ?
Au final, Sophie Audouin-Mamikonian a su recréer un univers de fantasy qui lui est propre, peuplé de créatures fantasques, de mondes imaginaires, de démons, de dragons, et bien sûr, de « Sortceliers » (dont le mot « sorcier » en est une simple vulgarisation !), avec une carte de ce nouveau monde et un lexique synthétique pour les non-initiés. Elle nous décrit les péripéties de cette petite sortcelière avec un humour original, n’hésitant pas à la faire parler comme une ado d’aujourd’hui le ferait, avec de nombreux clins d’œil à la vie « sur Terre » :
« La Porte [pour passer dans AutreMonde] était dans une des salles en haut de la tour dominant la vallée. Tara, qui était une fan de Stargate, chercha la Porte, de l’équipement, des tas de techniciens et des groupes électrogènes… mais il n’y avait… rien. Juste une grande salle vide. »
Bien que j’aie trouvé l’histoire un peu longue à se mettre en place (on se demande quand l’action va réellement débuter – et selon moi ça débute vraiment à partir de la deuxième moitié du livre), on se prend rapidement d’affection pour les personnages. Leurs caractères sont bien définis, chacun avec ses propres secrets, ce qui rajoute en mystère et intrigue tout au long de l’histoire.
Je regrette toutefois par moment un certain manque de fluidité dans l’écriture, mais ceci n’engage que moi !
En conclusion, je garde un délicieux petit goût de reviens-y et inscris d’ores et déjà le deuxième volume de cette décalogie à ma PAL !
Ma note:
18 novembre 2009
Le Magasin des Suicides - Jean Teulé

L'histoire (Quatrième de couverture):
"Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les
ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise
familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour
abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre..."
Mes impressions de lecture:
Le magasin des suicides fait fortune dans un avenir lointain. Ici, le Monde a subi des traumatismes tels que la mort elle-même apparaît presque comme une délivrance, face aux stigmates que les guerres et catastrophes naturelles ont laissés aux habitants de la planète.
C’est donc en dénonçant les erreurs des hommes durant des générations, erreurs mêmes qui semblent les condamner à leur perte, que Jean Teulé dépeint avec un humour grinçant la vie de cette famille dont le fonds de commerce est le malheur du monde. « Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! » La vie et la mort ne sont plus que des objets de consommation comme d’autres dans ce magasin de l’avenue Bérégovoy.
Sur cette base, l’auteur s’en donne à cœur joie, à grandes doses d’humour noir morbide et indécent. C’est exactement ce pour quoi j’ai adoré cette fable d’un autre temps. L’écriture est intelligente, l’humour présent à chaque réplique et dans chaque situation. Cette peinture de notre futur, quoiqu’angoissante, reste (on l’espère !), une caricature désopilante.
Le piège aurait pu être de tomber dans une gravité anxiogène, mais ce n’est pas le cas, car le troisième fils Tuvache, allégorie de l’optimisme et de l’insouciance, ouvre une fenêtre d’espoir sur ce monde condamné. Ce fils, qui n’aurait jamais dû naître, devient alors le grain de sable dans les rouages du fatalisme dans lequel le monde sombre peu à peu. Arrivera-t-il à redonner le sourire à sa famille et aux clients du magasin (qui, par définition, ne reviendront jamais rien acheter d’autre dans la boutique…) ?
Cette première rencontre avec Jean Teulé est pour moi un franc succès qui me donne envie de lire plus de cet auteur. Rien n’est à jeter dans ce court roman funeste. Les personnages sont singuliers et attachants, le rythme soutenu, la morale est juste. Je ne saurais que le recommander pour se divertir, à condition bien sûr de ne pas être trop sensible et d’avoir un certain niveau de second degré…
Ma note:
13 novembre 2009
Pourquoi j'ai mangé mon père (The Evolution Man) - Roy Lewis

L'histoire (Quatrième de couverture):
"Approchez homo sapiens ! Ce livre vous fera hurler de rire ! Faites la connaissance d'une famille préhistorique: Edouard, le père, génial inventeur qui va changer la face du monde en ramenant le feu ; Vania, l'oncle réac, ennemi du progrès ; Erenst, le narrateur, un tantinet benêt ; Edwige, Griselda et autres ravissantes donzelles...
Ces êtres délicieux font le monde autour d'un feu en dégustant des os à moelle. Regardez-les découvrir l'amour, s'essayer à la drague, se battre avec l'évolution...
Situations rocambolesques, personnages hilarants d'un monde où l'homme est pourtant déjà homme : batailleur, jaloux, ingrat et aussi rétrograde. Un miroir à consulter souvent. Pour rire et réfléchir."
Mes impressions de lecture:
Dans ce roman totalement décalé, Roy Lewis nous transporte à la préhistoire – ou plus précisément au pléistocène – à l’époque où l’homme connaît sa plus grande (r)évolution, la découverte du feu ! Jusque là, rien d’incroyable : je m’attends à suivre l’histoire d’hommes primitifs, avec massue et peau de bête, s’exprimant à coups de « Grompf grompf » (pour « Quand est-ce qu’on mange ? ») et de « Han hon han » (pour « Tuons le mammouth là-bas on va en faire des steaks.»).
Et je me trompe totalement. La première force de ce roman, c’est justement de balayer d’un revers de main les classiques du genre pour proposer de joyeux Cro-Magnon qui s’expriment comme vous et moi, avec un langage et des idées ultra-modernes. C’est sur cet anachronisme décapant que l’auteur s’amuse tout au long du roman.
Extrait :
« Je le savais ! s’écria victorieusement oncle Vania. Edouard, je lis en toi comme dans… dans un… eh bien je sais exactement ce que tu as dans le crâne. »
Ainsi, Edouard, le père à soif insatiable de découverte, réfléchit non seulement comme un homo sapiens, mais connaît précisément toutes les ficelles de l’évolution des espèces. Non content d’être allé « récolter » le feu en haut d’un volcan pour l’offrir à l’Homme, les idées créatrices fusent dans la tête de cet innovateur convaincu, bien décidé à faire évoluer son espèce vers une nouvelle ère.
« Si jamais d’aventure nous venions à rencontrer un cheval avec trois doigts de pied, qu’on appelle hipparion, eh bien, cela voudrait dire que nous sommes à peine sortis du pliocène, et alors, fils, quel coup de collier il nous faudrait donner ! »
Cette famille à elle seule devient alors responsable de nombreuses grandes « inventions » de la préhistoire : créer le feu, cuire les aliments, se reproduire avec des personnes d’une autre tribu (et non pas sa sœur, sa tante ou sa fille ?!), apprivoiser des animaux, etc.
Face à Edouard, il y a l’Oncle Vania, réfractaire à toute forme d’évolution provoquée, et qui s’impose dans le récit comme l’homme de Raison. C’est là que le réel débat de fond s’installe et fait réfléchir. A vouloir évoluer toujours plus vite, peut-on rester maître de ses actes ? L’avancée vers l’Histoire est-elle pour autant une avancée pour le reste du Monde ? L’Homme lui-même peut-il être victime de son audace s’il n’y prend pas garde ?
Généralement pas très fan de ce type de morales, celle-ci m’a été amenée avec tant d’humour et d’autodérision que je l’ai acceptée volontiers. L’auteur réussit à mettre en avant des problèmes plus que d’actualité, tout en dépeignant une famille préhistorique délicieusement décapante.
La lecture est facile, les situations s’enchaînent, l’humour est présent en permanence. Je comprends désormais que ce livre soit devenu un classique du genre.
Ma note:
08 novembre 2009
Une vie de pintade à Paris - Layla Demay & Laure Watrin

Présentation de l'éditeur:
"La réputation des Parisiennes n’est plus à faire. Partout dans le monde, on les dit élégantes, sophistiquées, gourmandes, séductrices nées, dépensant la moitié de leur salaire en lingerie et l’autre moitié en crèmes et en parfums.
Après avoir exploré pas mal de basses-cours au cours de leurs migrations dans les grandes villes du monde, Layla Demay et Laure Watrin ont eu envie de s’attaquer à ces Pintades de choix qui vivent en bord de Seine.
De Belleville à Passy, du Marais au canal Saint-Martin, de Convention à la rue Lepic, qui sont-elles vraiment ? Bobos, bourgeoises, gouailleuses, frondeuses, débrouillardes, héritières des vieilles familles, provinciales « montées » à Paris et plus parisiennes que les parigotes de souche, immigrées, comment vivent-elles dans une ville qu’elles seules ont le droit de dénigrer ? Laure Watrin et Layla Demay, journalistes et pintades en chef, vous font découvrir les coulisses d’une ville que vous croyez connaître, à travers leur regard décalé et décapant de New-Yorkaises d’adoption réimplantées à Paris. L’amour, la séduction, le sexe, le monde professionnel, les libertés politiques, l’engagement citoyen, les enfants, le rapport au corps, la beauté, le shopping, la mode…
Une vie de Pintade à Paris aborde tous les thèmes qui font le quotidien des Parisiennes. Cet ouvrage est à la fois une étude de moeurs, une série de portraits piquants, et un guide pratique pour survivre dans une ville dont on n’a pas forcément tous les codes, même quand on y habite ! "
Mes impressions de lecture:
Lorsque j’ai décidé de lire ce livre dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les éditions du Livre de Poche, je ne savais pas vraiment dans quoi j’allais m’embarquer : un livre estampillé 100% chick-lit, pour un mec issu de « province » (oui, car la pintade parisienne ne connaît que deux régions en France : « Paris » et la « Province », dont la frontière s’appelle « banlieue »), voilà un mélange plutôt incompatible. Mais j’ai pris cette opportunité dans l’autre sens, c’est-à-dire l’occasion pour moi de découvrir l’autochtone dans toute sa splendeur !
Premier constat : il y a beaucoup de chose à dire sur la pintade parisienne. Entre les soirées dans la capitale, la garde des mômes, la déco, le shopping, le métro…, le sujet est couvert avec exhaustivité, mais aussi beaucoup de finesse. Les auteures réussissent à mêler clichés et tranches de vie sans jamais tomber (trop) dans le convenu ou la caricature.
Malgré le sujet finalement léger du livre, on perçoit l’énorme travail de recherche des auteures pour nous offrir le meilleur de la vie de ces pintades qu’on déteste adorer (moi en tout cas). Telles des « On a tout essayé », Layla Demay et Laure Watrin se sont faufilées dans tous les endroits farfelus, trendy, chics, et chocs de la capitale, pour nous apporter leurs témoignages sincères et objectifs.
Par ailleurs, j’ai été surpris par la qualité de la plume de ces deux pintades (sans jeu de mot). Le style est fluide, recherché, fin, et drolatique au possible. Les anecdotes personnelles sont également de mise, comme pour nous dire qu’elles ont beau montrer du doigt les pintades, elles sont fières d’en être elles-mêmes.
Au final, la légèreté des textes fait passer un bon moment à la lecture de ce livre, même si, étant un homme, je suis rentré parfois dans des univers inconnus, parfois déconcertants (je ne vous raconterai pas la rencontre de l’auteure avec Mme Martine pour son épilation du maillot…). Par ailleurs, j’ai regretté quelques longueurs dans le texte (par manque de reconnaissance aux personnages je suppose), qui parfois digressent pour s’éloigner du sujet central : la Parisienne. Le livre n’est peut-être pas à lire en une fois, mais plutôt un chapitre par ci par là, pour que ces tranches de vie de pintade ne deviennent pas trop indigestes.
Extrait de la partie « Esthétisme esthétisant » (tellement vrai !):
« Si à New-York, on tombe en émoi devant les gadgets uuuultra-utilitaires (qui n’a jamais vu le moulin à poivre à moteur sans pousser un cri, piaillement, et râle d’extase ?!), à Paris, on pourrait déclarer sérieusement que l’utilité ne sert à rien ! Non, c’est pas la peine d’essayer de vendre l’objet multifonctions qui moud le café, lave les carreaux et fait vibro-masseur. […] Par contre, si vous créez un sex-toy en forme de galet, qu’il est en silicone blanc irisé, qu’il ne vibre pas, […] mais qu’il est signé Matali Crasset, là, on peut commencer à parler. »
Ma note:
J'ai pu lire ce roman dans le cadre des partenariats éditeurs proposés par le site LivrAddict. Merci encore à eux et aux éditions Le Livre de Poche de m'avoir fait découvrir gracieusement cet ouvrage.
30 octobre 2009
Confessions d'un barjo (Confessions of a crap artist) - Philip K. Dick

L'histoire (Quatrième de couverture):
"Jack Isidore a des théories fumeuses sur tout et une collection d'objets aussi farfelus qu'excentriques. Ce garçon est si inadapté à la réalité que, lors de leur déménagement dans la banlieue de Los Angeles, sa sœur Fay et son beau-frère Charley Hume se sentent obligés de l'héberger. Mais sous le regard de Jack, le vernis de la famille modèle se craquelle vite pour laisser exploser au grand jour les névroses de ses deux tuteurs... Entre paranoïa et amour fou, le génie de la science-fiction, Philip K. Dick, explore cette fois-ci un autre univers : la nébuleuse chaotique du mariage et de ses faux-semblants. Une histoire dans laquelle le plus "barjo " n'est certainement pas celui que l'on croit..."
Mes impressions de lecture:
J'avais déjà entendu du bien de ce livre et de cet auteur à plusieurs reprises, et en lisant le 4ème de couverture, je me suis dit que c'était un livre pour moi également. Une famille complètement dérangée qui pète les plombs? Miam...
Jack est un personnage décalé - certains diraient "attardé", pourquoi pas... Il vit sa vie simplement avec un boulot minable, loue une petite chambre, et se passionne pour les théories scientifico-mythiques comme le cimetière de bateaux ou les crapauds qui hibernent pendant des siècles. A l'inverse, sa sœur, qui ne le comprend pas, est mariée, deux enfants, ne travaille pas et vit aux crochets de son mari, propriétaire d'une petite entreprise prospère. Totalement différents, ils vont devoir cohabiter.
La première force du livre de Dick est le style dans lequel il décrit les relations entre les personnages. Les chapitres s'alternent avec un regard tantôt neutre, tantôt à la première personne, empruntant coup sur coup le regard de Jack ou de Fay sur la situation. Et on s'étonne de trouver Jack totalement rationnel, alors qu'on s'accorde avec Fay pour voir en lui un débile profond... L'auteur nous laisse alors libres de déterminer par nous-mêmes qui est le plus frappa-dingue.
L'histoire progresse a un rythme endiablé, et les vrais personnalités se dessinent petit à petit. L'issue est inévitable, et pourtant les revirements de situation sont multiples et jouissifs. J'ai souvent rit aux caucasseries de l'histoire. A y réfléchir, le fond l'histoire est plutôt grave, mais c'est trop loufoque pour être déprimant.
J'ai beaucoup aimé ce style d'écriture, parfois calme et réfléchi, parfois choc et violent. Dick sait surprendre, et c'est ce que j'attends d'un auteur qui nous parle de personnages en apparences banals, mais finalement singuliers.
Je ne connaissais pas cet auteur, et j'ai passé un très bon moment en lisant "Confessions d'un barjo". Malheureusement, Dick est plutôt fertile en matière de SF, ce qui n'est pas forcément ma tasse de thé. Mais je découvrirai volontiers un nouveau roman de lui!
Ma note:
26 octobre 2009
Mes lectures de jeunesse: Ma soeur est une sorciere / Les neuf vies du magicien - Diana Wynne Jones
Ce billet est un aparté sur les deux livres jeunesse qui ont marqué mon enfance. Ils sont sans aucun doute ceux que j'ai lus le plus de fois et toujours avec le même plaisir.
Ma sœur est une sorcière et Les neuf vies du magicien sont tous les deux écrits par Diana Wynne Jones, une très grande auteure britannique de fantastique jeunesse, malheureusement bien mieux connue outre-manche que chez nous.
Ces livres s'inscrivent dans la série Chrestomanci, qui regroupe en tout 5 livres (je n'ai malheureusement pas lu les trois autres, mais je compte réparer ce mal très très vite). Cette série décrit un monde où, parmi les humains, se cachent des sorciers, des sorcières et des enchanteurs. Ces derniers, dotés de neuf vies et aux pouvoirs extrêmement étendus, sont très rares, et règnent sur ce petit monde incroyable, doté de mondes parallèles et de personnages fantasques.
Cette découverte de mon enfance a été comme trouver dans un paquet cadeau quelconque un présent magique et inattendu, recelant mille cadeaux en un seul - d'ordinaire grand lecteur (à mon échelle, à l'époque) mais sans grands sentiments dans mes lectures, Ma sœur est une sorcière, mon premier livre de cette auteure, a été une véritable révélation.
C'est d'ailleurs ce livre qui m'a rendu sensible à ce type de monde fantastique, que, comme beaucoup, j'ai pris plaisir à redécouvrir à la sauce Rowling avec Harry Potter. C'est à se demander quelle magie flotte dans l'air britannique pour nous servir des mondes toujours aussi inspirés et envoûtants!
Bref, je vous laisse découvrir ci-dessous les brefs résumés de ces deux livres, et j'encourage vivement les amateurs de littérature jeunesse à dévorer le monde de Chrestomanci.
Ma Sœur Est Une Sorcière
Rescapés d'un naufrage, Chat et sa sœur Gwendoline sont recueillis par le puissant mage Chrestomanci. Dans le grand et mystérieux château où ils vivent désormais, les deux orphelins vivent des aventures extraordinaires. Car Gwendoline pense être douée, elle aussi, de pouvoirs surnaturels... Avec la complicité de son frère, elle provoque une série d'événements étranges et inquiétants...
Les Neuf Vies Du Magicien
Christopher peut se transporter en rêve dans des mondes parallèles. Lorsqu'il l'apprend, son oncle lui demande de tenter d'étranges expériences et de rapporter de mystérieux paquets. Christopher découvre aussi qu'il appartient à une famille d'enchanteurs et qu'il possède neuf vies. Le voilà prédestiné à succéder au Chrestomanci, le plus puissant magicien du pays chez qui il va désormais habiter. Mais Christopher perd ses vies à une allure étonnante. Ne cherche-t-on pas à profiter de ses pouvoirs ?
25 octobre 2009
Le dernier homme qui parlait catalan (L'ultim home que parlava català) - Carles Casajuana

L'histoire (Quatrième de couverture):
"Au cœur de Barcelone, dans un immeuble déserté, deux écrivains tentent de finir leur livre. L'un, Miquel Rovira, obsédé par la disparition de la langue et de la culture catalanes, consacre toute son énergie créatrice à un ambitieux premier roman. L'autre, Ramon Balaguer, se refuse à quitter les lieux malgré le harcèlement du principal propriétaire de l'immeuble. Rovira écrit en catalan, Balaguer en castillan: chacun défend fièrement la langue qu'il a choisie, et bientôt deux conceptions de la littérature s'affrontent. Aussi quand Balaguer s'éprend de la petite amie du jeune romanicier, le triangle amoureux suscite une nouvelle et cruelle rivalité, à l'issue inattendue."
Cet ouvrage a reçu le premier prix des lettres catalanes, le prestigieux prix Ramon-Llull 2009.
Mes impressions de lectures:
Ce roman a attiré ma curiosité car il couvre un thème que j'ai souvent pu lire, notamment dans les romans d'Irving, à savoir le travail de l'écrivain avec ses doutes et ses sacrifices, mais également un autre sujet particulièrement intéressant, celui des langues "provinciales" qui se battent pour conserver leur place face à la langue "nationale".
Et j'ai trouvé chacun de ces sujets très bien traité, avec détail. Bien que ne connaissant pas du tout l'auteur, j'ai ressenti très fortement une influence autobiographique dans l'évolution des personnages, leurs réflexions et leurs comportements, tellement l'écriture est passionnée.
Le débat sur la place du catalan en Espagne est vraiment intéressant et fait réfléchir. Il permet notamment de transposer ce phénomène en France avec les régionalismes breton, basque, corse... et leur patois en voie de disparition également. Le débat est réel, la cause juste, mais il tend à s'installer du début à la fin, et finit par tourner en rond.
Et pour moi, l'intérêt du roman s'arrête ici. Au dehors des débats anti-castillans/pro-catalans, omniprésents tout au long de la lecture ("normal", vous me direz, mais quand même, on peut espérer autre chose sur 250 pages), j'ai trouvé le scénario relativement creux, sans grand intérêt ni grande nouveauté.
En effet, hormis ces fameux débats donc, la trame de fond décrit " la dure vie d'écrivain" avec beaucoup trop d'emphase pour emporter le lecteur - "l'écrivain" décrit ici apparaît individualiste, auto-satisfait de ses sacrifices, seul face au monde "qui ne le comprend pas", à la limite de la mégalomanie (j'exagère un peu, mais pas tant que ça), ce qui au final n'a pas contribué à m'emporter ni à m'identifier aux personnages.
Alors, il ne reste que l'histoire d'amour entre Balaguer et la petite amie de Rovira pour offrir un peu de légèreté à ce roman... et celle-ci tombe un peu à plat. J'ai clairement ressenti que celle-ci n'était pas le but premier du roman, mais un genre de prétexte que l'auteur utilise pour "broder" autour de ses réelles préoccupations sur la place du catalan en Espagne aujourd'hui, et de son avenir.
Que conclure donc? Le thème central et le style d'écriture restent prenants. J'ai apprécié le débat et ses tournures. L'auteur utilise beaucoup, voire parfois trop à mon goût, le style indirect pour ses dialogues, ce qui enlève un peu de dynamisme à des passages qui en mériteraient plus, mais au final on s'implique dans la discussion. C'est pourquoi en conclusion je garderai en tête ce roman comme une description un peu fade de la vie de deux auteurs engagés dans un combat régionaliste, qui malheureusement ne m'a pas emporté outre mesure.
Ma note:
J'ai pu lire ce roman dans le cadre des partenariats éditeurs proposés par le site Blog-O-Book. Merci encore à eux et aux Editions Robert Laffont de m'avoir fait découvrir gracieusement cet ouvrage.
20 octobre 2009
L'homme que l'on prenait pour un autre - Joël Egloff
L'histoire (Quatrième de couverture):
"Avec un visage très commun, on court toujours le risque d'être confondu avec quelqu'un d'autre. En général, la méprise apparaît rapidement et chacun s'excuse, penaud, de son erreur. Mais ce n'est pas le cas de cet homme qui finit par se laisser aller, résigné, à être ceux pour qui on le prend. Il est cependant très compliqué, voire épuisant, de vivre plusieurs existences à la fois... surtout quand ce ne sont pas les siennes!"
Mes impressions de lecture:
Imaginez que, où que vous alliez, qui que vous croisiez, on vous prenne pour un autre: vous êtes l'ami cher qu'on croyait ne plus revoir, vous êtes ce fils, ou ce neveu, seule famille d'une vieille délaissée, vous êtes ce filou qui mérite une correction. Vous êtes vous, mais vous n'êtes personne. Et si vous vous laissez prendre au jeu, alors la situation peut vite devenir surréaliste, improbable... et irrésistible.
C'est donc la vie de cet homme que nous raconte l'auteur avec beaucoup d'humour. Dans ce livre, on tire un trait sur le rationnel, et le narrateur nous embarque dans cette incroyable quête de soi dans laquelle finalement il préfère ne pas mettre tout son cœur, pour se laisser emporter par ce fatalisme qu'il décrit si bien.
"Deux yeux, un nez, une bouche, ça rappelle toujours forcément quelqu'un à quelqu'un".
A personnage exceptionnel, réflexions exceptionnelles. Le héros loufoque ponctue ses péripéties absurdes par ses pensées sans queue ni tête - que j'adore! - et qui peu à peu nous illustre bien l'originalité du personnage. Il divague, il divague, et il le sait bien, mais ne s'en prive pas.
Bref, j'ai lu ce court livre très vite, en me régalant de chaque moment de la vie de cet homme condamné à vivre la vie de quelqu'un d'autre.
Et pourtant. L'idée est bonne, l'écriture fine et le rythme soutenu, mais - sans en dévoiler la fin - je trouve que l'ensemble retombe comme un soufflé dans son dénouement. Un soufflé appétissant, qui sent terriblement bon, mais dont malheureusement on ne gardera pas cette dernière image de légèreté. Mais, en y réfléchissant, pouvait-on vraiment apporter une fin originale à cet individu déjà hors norme?
Finalement, je garde une très bonne impression de ce livre, car plus que de comprendre exactement le personnage, j'ai juste eu envie de partager avec lui son univers déjanté le temps d'un voyage en train.
Ma note:
12 octobre 2009
MON CHIEN STUPIDE (WEST OF ROME) - JOHN FANTE
L'histoire:
D'origine italienne, Henry Molise vit en Californie, mais garde au fond de lui son rêve de partir vivre à Rome pour retrouver ses origines. Mais ce rêve est également symptomatique du mal-être qui l'habite. Auteur de scénarii minables, père de quatre ados-adultes indignes, relations instables avec sa femme, Henry se demande où est sa vraie place. Jusqu'à l'arrivée de Stupide, un énorme chien errant qui a élu domicile chez cette famille -pas si- atypique.
Ce nouveau venu va faire remonter à la surface les rancœurs, les vraies personnalités, et les vérités de chacun. Henry doit alors faire des choix entre ses rêves et sa famille, pour trouver la stabilité qui calmera ce joyeux bordel à l'américaine.
Mes impressions de lecture:
Un livre contemporain, américain, en apparence déjanté, jusque là tout est bon pour me le faire ouvrir. Et je n'ai pas été déçu. J'adore regarder par le trou de la porte d'une famille surréaliste où chaque trait de caractère est une caricature jamais totalement exagérée... J'ai adoré détester les enfants de Henry: Denny, le tire-au-flanc, qui déteste son père, et rêve d'être acteur - ou Dominic, fumeur de joint accro aux femmes blacks, au grand désespoir de sa mère puritaine...
Bref, on comprend vite le désespoir du narrateur et la passion que lui évoque l'arrivée de ce chien pâtaud. On l'accompagne alors dans sa quête de paix intérieure en tant que père et mari malaimé.
Le style est volontairement léger, affichant le désarroi croissant de Henry face à ces crises familiales qui s'accumulent. Moi qui ne ris pas souvent en lisant, ce livre m'a extirpé rires et sourires, de par certains passages insolites, des situations cocasses et des répliques cinglantes.
Ce n'est bien sûr pas de la haute littérature, mais l'écriture est plaisante. Je l'ai lu très rapidement et avec plaisir. Un livre que je conseille pour une coupure au milieu d'une PAL qui serait trop sérieuse...
Ma note:




