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Résumé:

"1723. L’Amérique des treize colonies est sous le joug de l’empereur, catholique mystique qui, grâce à sa Sainte Inquisition, fait la chasse aux puritains, aux hérétiques et, bien sûr, aux sorcières. Une menace pour Mary Wickford, orpheline qui vient à dix-sept ans de quitter le couvent où elle a toujours vécu, et qui s’est installée à Old Haven, petite bourgade côtière. Une impression de déjà-vu, un sentiment de familiarité. Et pour cause, c’est ici qu’on brûla sa grand-mère… Mary, légataire d’un don excessivement puissant devra fuir, traquée par l’Inquisition. Elle deviendra un enjeu majeur dans un conflit qui oppose l’Empereur et des légions de créatures monstrueuses."

 

Mes impressions de lecture:

Après avoir découvert Colin grâce à Camelot, je m'étais promis de récidiver, ce que j'ai fait avec l'excellent "La Malédiction d'Old Haven", qui me confirme la maestria de Fabrice Colin à m'emporter dans des mondes si particuliers.

L'histoire se passe dans l'Amérique du début du XVIIIème siècle. Les colons prennent possession des lieux, les Indiens sont chassés de leur territoire, le puritanisme tente d'imposer l'ordre au milieu de ce peuple américain naissant. Sa force de frappe: l'Inquisition. Son credo: la chasse aux sorcières, comme les exécutions de Salem en 1692. Faire peur pour se faire respecter. C'est dans ce contexte qu'est brûlée vive la grand-mère de notre héroïne, Mary Wickford, qui va peu à peu découvrir l'histoire des ses ancêtres, et suivre le destin qui lui est tracé.

Colin nous emmène donc à la découverte d'un monde nouveau, dans lequel se mêlent sorcières, dragons, pirates, démons, "Domilites", ... J'ai beaucoup aimé le contexte du livre, cette Amérique en phase de construction, à l'état quasi sauvage, avec ses forêts, ses montagnes, ses rivières, ses odeurs. Je trouve que c'est un contexte qu'on ne retrouve pas souvent dans la littérature (en tout cas pour ma part). L'auteur a su me rendre de très belles descriptions, sans aucune lourdeur, allant directement à l'essentiel pour me transporter vers cet univers inquiétant et en même temps familier.

Cependant, on note ici l'affection de l'auteur pour la science-fiction et le mélange des genres, car il ponctue son univers de certains éléments anachroniques qui augmentent la dimension mystique du livre: des chats mécaniques à intelligence artificielle (remplaçant les vrais chats qui ont tous été exterminés), des "orthoptères", sortes d'avion de patrouille monoplaces, ou encore des robots domestiques pour le ménage et la vaisselle. C'est assez troublant de voir ces deux genres se mélanger ("historique" et technologique), mais à la fois cela renforce l'imaginaire et m'a fait accrocher encore plus. J'ai trouvé ça osé, mais très réussi.

Malgré la longueur du livre (630 pages), je ne me suis pas lassé une seconde: l'histoire ne faiblit pas, chaque péripétie s'enchaîne rapidement, sans longueur ni redondance. La jeune Mary rencontre de nombreuses personnes, amis ou ennemis, et, entre ses quêtes et ses fuites, nous fait découvrir de nombreux paysages tous enchanteurs. Mais Colin n'hésite pas non plus à parsemer son récit d'une grande noirceur lorsqu'il le faut. Certains passages sont même particulièrement difficiles, je pense notamment à l'attaque des Domilites sur Gotham, qui se termine en bain de sang.

La plupart des personnages bénéficient d'une personnalité très bien dépeinte et assez solide. J'ai très facilement cerné l'ensemble des protagonistes ainsi que ce qui les motive. J'ai particulièrement apprécié Usher, jeune Noir affranchi, qui va suivre Mary et l'aider quoi qu'il en coûte. Il n'a pas de pouvoir, n'a pas vraiment de place dans la société, et pourtant il s'offre volontiers à cette jeune fille mystérieuse. En revanche, j'ai trouvé le comportement de Mary envers lui parfois égoïste et irrespectueux. Du coup c'est elle qui m'a un peu énervé à la longue. Le personnage torturé de l'Empereur, le grand ennemi à combattre, est également superbement approfondi. Le lecteur avance de révélation en révélation, et j'adore lorsqu'un livre peut encore me surprendre au bout de 500 pages.

Rien à jeter donc dans ce livre: il m'a tenu en haleine du début à la fin, tantôt m'émerveillant, tantôt me dégoûtant, toujours surpris. Disons que peut-être la toute fin m'a un poil déçu, j'ai trouvé le dénouement un peu abrupt, mais là je chipote car au final il est à la hauteur de ce que j'attendais, c'est juste que j'en voulais encore!

Pas un coup de cœur, mais vraiment pas loin!

 

Ma note:

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