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L'histoire (Quatrième de couverture):

Fred " Bogus " Trumper, fumiste farfelu, a un problème : son canal urinaire est trop étroit. Pour cesser de souffrir pendant l'amour, un seul remède : boire des litres d'eau. Sa femme veut le plaquer, sa maîtresse souhaite un bébé, et, surtout, le réalisateur d'un documentaire sur l'échec tient absolument à s'inspirer de sa vie... Vaille que vaille, Bogus s'obstine à croire qu'il pourrait bien, un jour, réussir quelque chose.

 

Mes impressions de lecture:

Quel plaisir de retrouver John Irving que j'avais trop longtemps délaissé! Réalisant que cela faisait plus d'un an que je n'avais touché un roman de mon auteur favori, voilà qui est réparé, d'autant plus que celui-ci traînait dans ma PAL depuis quelque temps.

Je dois avouer que le début de ce roman est quelque peu déstabilisant, car l'auteur a décidé d'articuler le roman de manière non-linéaire, assez originale, quoique déconcertante. En effet, le roman oscille entre des chapitres sur la vie "passée" de Bogus Trumper, et l'évolution de sa vie actuelle. Son passé, c'est sa rencontre avec sa femme "Biggie", en Autriche, accompagné de son ami diabétique Merrill Overturf, ainsi que les éléments qui les ont amenés à se séparer. Le reste du roman s'articule autour de la vie de Bogus avec sa nouvelle maîtresse, Tulpen, son nouveau boulot dans le cinéma amateur, tandis que sa femme vit désormais avec son ancien meilleur ami, Couth... Rassurez-vous, ce style m'a gêné pendant les 30-40 premières pages, en particulier parce que je ne m'y étais pas préparé, et ai mis du temps à comprendre ce qui était passé de ce qui était présent. Une fois qu'on chope le pli, on n'y fait même plus attention.

Bogus est clairement ce qu'on peut appeler un paumé, un indécis. Il ne sait pas exprimer ses sentiments, il ne sait pas ce qu'il doit faire de sa vie. Ses actes sont soit dictés par les autres, soit pris sous le feu d'impulsions parfois irrationnelles. On comprend donc qu'il ait le chic pour se mettre dans des situations improbables, étayé de l'humour subtil et incomparable d'Irving, pour notre plus grand plaisir.

 

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[Les canards] descendirent en désordre, rompant leur formation de vol, éclaboussant bruyamment les alentours [...]. Un retardataire demeura seul dans le ciel. Son vol était saccadé, sa descente incertaine. Les autres s'égaillèrent pour lui faire une place, mais il s'abattit si brusquement que Colm m'agrippa la cuisse et s'y cramponna, comme si le canard était une bombe qui nous tombait dessus. [...] Il rata son approche, tenta de rectifier sa position par un virage maladroit, puis, ayant perdu toute ressemblance avec un gracieux palmipède, s'écrasa dans l'eau comme une pierre.
Colm se serra contre moi, tandis que s'élevait un choeur de condoléances parmi les canards. Dans l'étang ne surnageait que le petit cul du canard, entouré de plumes éparpillées. Deux de ses copilotes nagèrent à sa rescousse, puis le laissèrent flotter là comme un vulgaire plumeau.
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En particulier, j'ai adoré le thème de recherche de la thèse de Bogus: "le nordique primitif inférieur", langue morte marginale du nord de Scandinavie, dont il traduit un ouvrage oublié: "Akthelt et Gunnel", l'épopée viking du roi de Thak et de sa femme. Comme toujours avec Irving, ces références déjantées servent finalement de fil rouge tout au long du roman. Ici, l'histoire d'Akthelt sert notamment de mise en relief de la vie de Bogus, comparant certaines scènes du roman avec des épisodes de la vie du héros. Ce qui est du meilleur effet.

Ce parcours initiatique de Bogus, nous le suivons avec amusement et compassion. Tout dans ce personnage m'a fait sourire, même si au final on aimerait ne pas l'aimer tellement il est irrationnel et déraisonné.

Et bien sûr, Irving m'a une fois de plus emporté dans ce tourbillon de personnages et d'évènements improbables. Tout dans ce qu'il écrit a une raison, une cause bien définie, et c'est ce que j'adore: rien n'est laissé au hasard. Les passages du "passé" avers le "présent" sont réalisés avec beaucoup de finesse et d'intelligence. Au-delà de réussir à ne pas perdre le lecteur, il arrive à effectuer des parallèles admirables entre les différents éléments de la vie de Bogus: son histoire avec sa femme comparée à celle avec sa maîtresse, l'oeuvre "Akthelt et Gunnel" comparée à sa propre vie, le film réalisé sur sa vie qui éclairera ses questions et déclenchera son introspection.

Bien qu'ayant préféré d'autres romans de l'auteur (qui abordent des thèmes plus touchants, comme "L'oeuvre de Dieu la part du Diable", "Une prière pour Owen", ou encore, bien sûr, "Le monde selon Garp"), j'ai retrouvé avec plaisir son talent et son univers que j'aime toujours autant. Malgré un début un peu difficile, ce livre ne m'a pas déçu!

Ma note:

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Pour en savoir plus:

  • La page Wikipedia sur John Irving
  • Le site officiel de l'auteur
  • L'émission "La Grande Librairie" diffusée sur France 5 le 20 Janvier 2010, dédiée à l'auteur, à l'occasion de la sortie de son nouveau roman (à découvrir !!!)