unjeuneamericain

 

L’histoire (Quatrième de couverture):

"Premier volume d’une trilogie autobiographique, qui s’est poursuivie par La Tendresse sur la peau et La Symphonie des adieux, Un jeune Américain parcourt les années d’adolescence d’Edmund White. Années au cours desquelles il connaît ses premières expériences sexuelles, mais aussi période de la prise de conscience difficile de son homosexualité. Le héros du livre évolue ainsi lentement du déni à l'acceptation."

 

Mes impressions de lecture :

Dans l’Amérique des années 50, nous suivons le jeune Edmund (c'est-à-dire l’auteur), âgé de dix à quinze ans, faire l’apprentissage de l’amour et de sa sexualité. Narrant à la première personne, il partage avec nous ses sensations, son ressenti, ses idées, qu’il a sur lui-même et sur le monde qui l’entoure. Chacun des chapitres (plutôt longs !) est une période de sa vie peuplée de rencontres, un moment fort où une nouvelle découverte, physique ou sentimentale, le construit petit à petit.

J’ai d’abord beaucoup apprécié le style de l’auteur. Craignant que le thème traité mène facilement à des descriptions de scènes sordides avec un langage très cru, l’ensemble de l’œuvre est abordé d’un aspect plutôt philosophique et poétique, peuplée de nombreuses métaphores (bien que parfois un peu trop). Bien entendu, les premières « expériences » de l’auteur sont également décrites assez explicitement, mais il sait rester pudique en ne polluant pas les descriptions de détails vulgaires et inutiles. Lorsqu’il est clair pour le lecteur de ce qu’il va se passer, et que les découvertes du narrateur n’ont plus d’intérêt sur l’évolution du personnage, alors rideau – pas besoin d’en rajouter. C’est plutôt appréciable de la part de l’auteur de ne pas tomber dans la description indécente des ébats sexuels d’un garçon de quinze ans comme pourraient le faire d’autres auteurs.

Au-delà des expériences physiques du personnage, c’est surtout son évolution psychologique que le lecteur va suivre. Et là malheureusement j’ai un peu tiqué. En fait, j’ai eu beaucoup de mal à accrocher au personnage d’Edmund. Au bout du compte, j’ai trouvé cet adolescent assez antipathique, imbu de sa personne, avec son désir de pouvoir sur les autres et ses idées dérangeantes (« Je plains l’homme qui n’a jamais voulu coucher avec son père ; comment ranimer le fantôme d’un père mort autrement que par un baiser posthume ? »). Fier mais mal dans sa peau, timide mais manipulateur, pudique avec une soif intarissable de franchir les interdits, ce personnage m’est apparu très complexe et difficile à cerner. On suit avec le narrateur l’avancée de sa propre psychanalyse, à grands renforts de théories freudiennes (très en vogue à l’époque).

Et l’homosexualité dans tout ça ? Elle est bien sûr le centre du mal-être du garçon, et c’est là que l’auteur met le doigt sur l’influence de la société de l’époque. Pour ce jeune garçon, il est difficile de faire la part des choses entre « amour » et « sexualité ». Il aime des hommes, éprouve un désir physique également, cela le rend-il homosexuel pour autant ? N’est-ce que passager ? Le tabou qui règne autour du sujet rend le questionnement difficile pour un ado en pleine confusion. Il sait sans savoir, admet sans vraiment assumer. La seule réponse doit être une sorte de maladie psychologique (qui le pousse d’ailleurs à consulter un psychiatre), qui non seulement l’exclut de la communauté par sa différence, mais représente également un péché impardonnable (l’auteur se plait à montrer du doigt la place outrancière de la religion dans les mœurs américaines).

 

« La sexualité me semblait quelque chose d’étrange, comme un rite social qui enregistrait – et même produisait, des changements dans l’équilibre du pouvoir, une activité dont on discutait plus qu’on ne la pratiquait, petite perte séminale non dénuée de conséquences religieuses, sociales et économiques. »

 

J’ai toutefois regretté que les débats de fond ne soient pas plus soulevés, en particulier avec le contexte de l’époque. J’espérais un regard plus critique sur la société, des exemples de combats menés par les jeunes homosexuels, mais finalement ce volume se concentre plus sur la quête de soi, et la place de l’amour face à une société mue par l’argent, la religion et le sexe. Je me dis que ces questions apparaissent peut-être dans les deux autres volets de cette autobiographie.

 

En conclusion, je dirais qu’il d’agit là d’un livre très bien écrit mais qui ne répond pas aux questions que l’on peut se poser avant de l’ouvrir. La complexité de sa structure et certaines scènes explicites font qu’il pourra ne pas plaire à un certain nombre de lecteurs. Pour ma part, l’auteur a réussi à m’entraîner en attisant ma curiosité (« Et ensuite ? Où veut-il en arriver ? »), j’ai beaucoup apprécié son style et ses réflexions, mais au final je reste un peu déçu, attendant un peu plus « d’action » (tout est relatif), et surtout, surtout, ayant eu beaucoup de mal à m’attacher au personnage. Je pense toutefois donner sa chance au deuxième volet de la trilogie.

 

Ma note :

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