orgueiletprejuges

L’histoire (résumé):

Dans l’Angleterre de cette fin de XVIIIème siècle, le couple Bennett élève ses cinq filles dans les valeurs de la bourgeoisie à laquelle ils appartiennent. Afin d’assurer le respect des codes et la prospérité du nom, Mrs Bennett n’a que d’obsession de marier ses jeunes filles aux meilleurs partis de la région. Alors, lorsque de nouveaux jeunes hommes fortunés emménagent dans la région, les yeux de la mère se tournent vers ses deux aînées, Jane et Elizabeth, dont les charmes et l’intelligence peuvent garantir à la famille l’alliance à laquelle elle attache tant d’importance.

Loin de se montrer aussi vénales, Jane et Elizabeth vont avant tout laisser parler leur cœur. Faisant fi des préjugés, elles partent en quête de vérité et démontrent aux orgueilleux que l’amour n’est pas qu’une question d’intérêt et de manipulation.


Mes impressions de lecture:

Très peu habitué aux « classiques », et d’autant plus lorsqu’ils ont été écrits il y a plus de deux cents ans, j’avoue avoir eu beaucoup de craintes au commencement de ma lecture. Où est l’action ? Où est l’intrigue ? Je me dis que j’aurais dû mieux me préparer à pénétrer ce monument. Je me sentais comme parachuté dans une ville inconnue et cherchant du regard des indices pour découvrir dans quel pays je suis (où sont les monuments ? quelles sont la langue, les coutumes ?), devoir trouver mon chemin par moi-même en me concentrant sur d’éventuels repères… Et finalement, après plusieurs pages d’errance, Jane Austen m’a pris par la main et a ouvert mes yeux à la richesse de son univers.

J’étais surpris donc de me laisser prendre au jeu du roman. En apparence, « un roman de filles, rien de plus » [un peu, en effet], et puis, petit à petit, on s’interroge, on s’intéresse, on s’attache… et on s’installe. Certes, le roman parle d’amour, de mariage, mais tout à coup le titre du roman prend tout son sens, et alors des histoires apparemment frivoles deviennent un véritable nœud de tromperies, d’erreurs, de manipulation, où personne n’est vraiment celui qu’on croit.

« - L’orgueil, observa Mary qui se piquait de psychologie, est, je crois, un sentiment très répandu. La nature nous y porte et bien peu parmi nous échappent à cette complaisance que l’on nourrit soi-même à cause de telles ou telles qualités souvent imaginaires. La vanité et l’orgueil sont choses différentes, bien qu’on emploie souvent ces deux mots l’un pour l’autre ; on peut être orgueilleux sans être vaniteux. L’orgueil se rapporte plus à l’opinion que nous avons de nous-mêmes, la vanité à celle que nous voudrions que les autres aient de nous. » (p. 38)

L’orgueil a donc ce quelque chose de risible lorsque celui dont il émane se transforme en caricature de lui-même. On sent alors que Jane Austen a eu à faire à nombre d’orgueilleux car elle prend un délicieux plaisir à les tourner en ridicule : l’homme d’influence si sûr du retour de ses sentiments, la jeune femme si fière de son mariage réussi alors qu’il cache un scandale familial sans précédents, la femme de rang qui s’attend à ce que ses exigences soient suivies au pied de la lettre. C’est alors délicieux de voir ces personnes riches par l’argent ou le rang perdre toute substance lorsqu’on leur renvoie leur vrai reflet. Sans rougir, Jane Austen joue de ces situations où, finalement, rien n’est dû. « Pourquoi somme-nous sur terre, sinon pour fournir quelque distraction à nos voisins, et en retour, nous égayer à leurs dépens ? » (p.345)

Avec l’orgueil, les gens se trompent sur eux-mêmes. Et puis il y a les préjugés qui jouent de notre jugement sur les autres. On s’y repose facilement, mais pourtant ils dissimulent souvent une vérité qui mérite d’être découverte. Entre orgueil et préjugés, les erreurs et les manipulations peuvent alors devenir monnaie courante lorsqu’il s’agit de défendre ses propres intérêts et ses sentiments les plus sincères. C’est ce très beau recul sur soi et les autres que m’a offert Jane Austen.

Avant tout bien sûr une critique de la société de l'époque, c'est également un petit cours de psychologie sans en avoir l’air, sur fond de romance à l’anglaise, qui finalement ne sentait pas la poussière ni la naphtaline (comme je le craignais), mais à l’inverse pleine de fraîcheur et d’innocence maîtrisée. Replacés dans leur contexte historique, le style et le fond de ce roman me sont apparus novateurs. Malgré ma faible culture littéraire, je me plais à penser qu’il aurait tout à fait pu être écrit de nos jours.

Pour couronner le tout, j’ai trouvé le style de l’auteure finalement très fluide. L’histoire est animée de nombreux dialogues et quelques lettres « chocs » qui rendent les révélations d’autant plus prenantes, et permettent d’oublier certains temps morts qui ne durent jamais vraiment longtemps. Toutefois, j’avoue avoir opté en librairie pour une édition à la traduction plus « moderne » (Leconte et Pressoir), de peur qu’un langage trop classique soit un trop gros barrage pour un lecteur de littérature contemporaine tel que moi.

Si je devais souligner un point faible, ce serait finalement l’abondance de personnages difficiles à repérer au début, qui de plus ne sont pas forcément rappelés au cours des longues narrations, ce qui parfois prête à confusion et m’a obligé à revenir en arrière pour être sûr des personnes dont il était question. Mais on peut tout à fait mettre ça sur mon gros problème de mémoire des personnages quand je lis (tristement vrai…), et également de certains défauts de la traduction.

Finalement, pensant que ce livre atteindrait difficilement mes attentes, Jane Austen a su déjouer mon orgueil de lecteur non aguerri ainsi que mes préjugés. Loin d’être un livre coup de cœur, je suis néanmoins enchanté de cette lecture qui restera une excellente découverte.

 

Ma note :

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Challenge Livraddict:   3/7

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